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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 19:23

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Photo de Jean-Noël Portmann

 


"C'est encore un autre type d'écriture que j'ai appris pendant ces années : celle de l'espace et de l'image, lorsque je sculpte et raconte grâce à mes pinceaux de lumière."

 

 

Archessia : Bonjour Manon ! Merci beaucoup de nous accorder de ton précieux temps pour cette interview. Tout d'abord, est-ce que tu veux bien te présenter aux lecteurs ?

 

Manon Fargetton : En quelques mots : Manon, 25 ans, titulaire d'un master d'études théâtrales, régisseuse lumière au théâtre et écrivain (mes deux jobs, et j'aime autant l'un que l'autre!), touche-à-tout « légèrement » hyperactive, donc la plupart du temps « légèrement » épuisée !

 

A : Quel est ton parcours jusqu'ici ? Les tomes de June sont-ils tes premiers écrits ?

 

M.F. : Hum... j'ai un peu de mal avec les lignes droites, et si je t'explique mon parcours de but en blanc, tu risques d'avoir du mal à discerner sa cohérence. Pourtant, elle est assez simple : j'ai un centre, l'écriture, et tout le reste s'organise autour.

J'ai commencé à écrire des poèmes et des chansons dès que j'ai su tenir un stylo. Deux ans plus tard, j'ai commencé le violoncelle, et j'ai découvert une autre forme d'écriture : ce qui était auparavant intuitif, improvisations vocales et babillages débridés qui saoulaient toute ma famille, est devenu structuré, précis dans sa folie, langage magique de signes et de gestes pour faire sonner mon ami de bois. La danse, et beaucoup plus tard les arts martiaux, m'ont initiés à une langue encore différente – bien que déjà pressentie dans le rapport que j'avais à mon instrument : celle du corps, des corps, du mouvement.

Et puis un jour, empêtrée dans les choix concernant mon avenir, j'ai eu une l'idée qui a été à l'origine de mon premier roman : et si notre métier était déterminé en fonction de notre date de naissance ? Ce serait plus simple, non ? Plus besoin de se creuser la tête pour savoir ce qu'on va faire de sa vie... Aussi libres qu'un rêve était né, il ne me restait plus qu'à l'écrire, ce que j'ai fait durant mon année de terminale. Il est sorti quelques mois plus tard dans la collection Autres Mondes des éditions Mango, en 2006. (entre temps, j'ai aussi écrit un poème, L'Autre, qui a ouvert l'anthologie Premier Contact, publié dans la même collection en 2005)

Mon bac S en poche, j'ai passé deux ans à Nantes pour apprendre le travail de la lumière au théâtre. Mon intérêt pour la scène viens de loin – mes premiers gala de danse, les concerts auxquels j'ai participé durant tout mon cursus au conservatoire de musique... Mais à ce moment là, je n'avais pas envie d'être sur la scène : je voulais la voir. Dessiner les corps et les choses. Les transformer. C'est encore un autre type d'écriture que j'ai appris pendant ces années : celle de l'espace et de l'image, lorsque je sculpte et raconte grâce à mes pinceaux de lumière.

Seulement voilà, en sortant de ces études avec mon diplôme de régie lumière, j'avais dix-neuf ans et aucune envie d'entrer dans la « vie active » ! Et puis à force de travailler avec des comédiens, des metteurs en scène, l'idée d'expérimenter à mon tour le jeu dramatique me titillait. J'y ai cédé avec bonheur ! Déménagement à Paris, fac et conservatoire en parallèle jusqu'à l'obtention de mon master. Comme tout ça ne contentait pas encore ma soif de remue-méninge, j'ai réembarqué mon imaginaire dans un projet de roman : June.

 

A : Instant promo ! Que dirais-tu pour donner envie aux lecteurs qui ne connaissent pas encore June et son incroyable destinée ?

 

M.F. : Hum. La promo est probablement la part du travail d'écrivain avec laquelle je me sens le moins à l'aise... Mais je pourrais dire deux choses : la première, c'est que mon besoin d'écrire vient de mon besoin de rêver, et ce qui m'importe vraiment quand j'écris, c'est de trouver le meilleur moyen de partager ces rêves, de les faire ressentir à d'autres. Ça ne veut pas dire que j'y parviens à tous les coups. Mais j'essaye de tout mon cœur ! La deuxième chose que je pourrais dire, c'est que sur ce projet, j'ai essayer de faire chanter chaque page, chaque phrase, chaque mot. Et cette musique-là, ces sons qui viennent du dedans de moi, ils sont ce que j'ai de plus sincère à donner.

 

June

 

"Un poème, une chanson, c'est un concentré d'émotions et d'images, de son et de tempo."

 

A : L'univers de June est original, riche et difficilement classable dans une seule catégorie. Le décrirais-tu comme Fantasy ? Dystopique ? Quelles sont tes sources d'inspiration pour sa création ?

 

M.F. : Après avoir découvert les méandres de mon parcours, tu dois te douter que j'ai un peu de mal avec les étiquettes et les petites cases... Tu cites la fantasy et la dystopie, mais si on va chercher la petite bête, on peut aussi trouver dans June des éléments de merveilleux, sans parler des poèmes qui font partie intégrante de l'histoire. Quand j'en parle, je simplifie en parlant de fantasy, mais ce n'est en effet pas complètement exacte... Disons que j'ai fait ma petite cuisine perso !

Mes sources d'inspirations sur ce projet sont nombreuses, et je ne suis probablement pas consciente de la moitié d'entre elles... Je ne vais citer que les plus évidentes : la trilogie des royaumes du nord de Philip Pullman qui m'a fait rêvé d'aurore boréales bien avant que j'en contemple de mes propres yeux. Les bateaux volants, eux, viennent à coup sûr des magnifiques illustrations de L'épave du Zéphyr (Chris Van Allsburg) que j'ai lu des centaines de fois quand j'étais petite. Il y a aussi, je pense, l'influence des album de Claude Ponti (l'arbre-bibliothèque, par exemple, est un lieu très « pontiesque »!). Je pourrais citer des dizaines de romans, musiques, films, séries, bd, mais je vais m'arrêter là pour le moment.

 

A : As-tu dû faire des recherches spécifiques pour cette série ?

 

M.F. : Pas que je me souvienne... à part de considérer que ma vie entière est une recherche (!), puisque je me suis servie de connaissances engrangées depuis des années, que ce soit grâce à la musique, l'équitation, les arts martiaux...

 

A : Ton écriture est très poétique et légère, tout en étant très chargée en émotions. Est-ce « ton style » qui te viens naturellement, ou est-ce une plume travaillée pour June ?

 

M.F. : Un peu des deux... je viens de la poésie, j'ai écrit exclusivement des rimes de sept à seize ans. Travailler les mots et les phrases dans des formes très courtes, avec des contraintes omniprésentes de pieds et de sonorité a modelé mon écriture. Un poème, une chanson, c'est un concentré d'émotions et d'images, de son et de tempo.

Mais c'est aussi l'histoire qui se prête à ce type d'écriture. En inventant June, j'ai eu l'impression de composer un très long poème. Récemment, j'ai écrit un thriller, et ma manière d'écrire s'est modulée pour répondre a une contrainte de rythme très différente... Et je dois avouer que je me suis éclatée ! L'histoire, les personnages, dictent forcément un style d'écriture spécifique.

 

A : Deux tomes déjà sortis, qu'est-ce que ce titre nous réserve pour la suite ?

 

M.F. : Que du bon, je l'espère ! Des réponses aux questions, une rencontre avec les rôdeurs que j'évoque depuis le premier tome, une conclusion en feu d'artifice doux-amer.

Malheureusement, ça va prendre un peu de temps. Comme je l'ai déjà expliqué sur ma page facebook, les réalité économiques de l'édition font que Mango ne sortira pas le troisième tome de la série, car ils perdraient nécessairement de l'argent dessus. Je suis actuellement en discussion avec une autre maison d'édition qui reprendrait la série en poche, avec le troisième tome inédit. Ce qui est génial, c'est que je vais avoir l'opportunité de retravailler les textes des deux premiers tomes. Par contre la paperasserie juridique prend un temps fou, et tant que rien n'est signé, rien n'est sûr (et encore, même une fois que c'est signé... ). Bref, je croise les doigts en espérant que ça se fasse, parce que j'ai vraiment envie de donner cette fin à mes lecteurs, surtout qu'elle est déjà écrite ! Si tout se déroule bien, les trois tomes devraient sortir au premier semestre 2014.

 

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"Mais une fois encore, les livres qui ont façonnés durablement mon imaginaire sont les albums que j'ai lu lorsque j'étais petite."

 

A : As-tu des « rituels » pendant que tu écris ? Des habitudes de dédicaces, des anecdotes à raconter ?

 

M.F. : J'ai eu des rituels d'écriture (bougie allumée sur le bureau, par exemple). Aujourd'hui, je n'en ai plus : les rituels ont volés en éclat lorsque j'ai commencé à travailler en régie lumière, j'avais beaucoup moins de temps devant moi, j'étais souvent en vadrouille et me retrouvais à écrire dans des gares, des aéroports, des villes ou des appartements inconnus. J'ai dû m'adapter. Je suis maintenant capable d'écrire à peu près n'importe où, sauf dans des lieux trop petits où mon regard est constamment bloqué par des murs. S'il y a du bruit, j'ai besoin de musique pour créer ma bulle et ne pas disperser mon attention. J'aime écrire en journée, durant des sessions de deux à cinq heures, dans des lieux « neutres » comme des cafés. Je ne travaille le soir que lorsque j'ai une deadline qui se rapproche et que je suis en retard, ce qui est très rare.

En dédicace, je n'ai qu'une seule habitude, une question que j'aime poser aux gens qui viennent me voir :  qui es-tu ? J'aime cette question, parce qu'elle est ouverte. Souvent, les lecteurs commencent par me donner leur prénom, croyant que c'est ce que je leur demande pour écrire la dédicace. Et puis lorsqu'ils s'aperçoivent que mon questionnement est bien plus vaste, les mots affleurent, se déversent parfois, avec pudeur et humour, et ça donne de beaux moments d'échange.

 

A : On voit de plus en plus de jeunes, dont la plume les démange, vouloir se faire éditer. Étant toi-même une jeune auteur, peux-tu nous parler de ton parcours ? Aurais-tu des conseils pour ceux qui veulent voir leurs histoires publiées ?

 

M.F. : Les parcours qui mènent à la publication sont tous différents. Personnellement, je ne suis jamais passée par la case « envoie de manuscrits aux éditeurs et lettres de refus en pagaille ». En fait, pour mon premier roman, j'ai rencontré l'éditeur lors d'un salon du livre et j'ai commencé à travailler avec lui dès le tout début de la rédaction du manuscrit, au départ juste à titre de conseil, sans promesse de publication. Comme ça tenait la route, il a décidé de le sortir. Ça s'est donc fait de manière assez fluide.

Les conseils que je pourrais donner sont les mêmes que la plupart des écrivains : d'abord, écrire. Écrire, écrire, écrire. Parce que c'est le seul moyen pour écrire mieux. Ensuite, bien cibler les quelques collections au sein desquelles votre histoire pourrait trouver sa place. Faire relire son texte un bon paquet de fois à des personnes différentes avant de l'envoyer. Et je rajouterais, puisque c'est mon expérience : allez sur les salons du livre rencontrer les éditeurs. Google est parfait pour trouver quelle personne de telle ou telle maison d'édition vous devez aller voir, et vous pourrez même y trouver des photos de la dite personne, comme ça vous êtes sûr de ne pas vous tromper d'interlocuteur ! Généralement, ils sont présents sur les stands, et si vous discutez un moment avec eux (en leur remettant le manuscrit sur le moment ou simplement en annonçant qu'il va arriver dans leur boîte aux lettres), ils se souviendront de vous et vous éviterez peut-être quelques intermédiaires...

 

A : As-tu d'autres projets d'écriture sous le coude ? Penses-tu à l'après June ?

 

M.F. : Non seulement j'y pense, mais je suis en plein dedans ! J'ai terminé le troisième tome de June en décembre dernier. Depuis, j'ai écrit un thriller jeunesse qui, après quelques aller-retours de retravaille avec l'éditeur, devrait sortir en tout début d'année prochaine. Et je suis actuellement occupée par les notes préparatoires à un gigantesque projet de fantasy qui me trotte dans la tête depuis un moment. Je commence à peine à l'écrire. Pour l'instant, ça s'appelle « Ombre, l'héritage des rois-passeurs ». Et histoire de te mettre l'eau à la bouche, je te donne le pitch en exclu, mais c'est bien parce que c'est toi ! ;)

 

"La dernière héritière d'une lignée royale doit fuir notre monde et retourner dans celui de ses ancêtres pour échapper aux hommes qui veulent l'éliminer. Là-bas, une princesse rebelle rentre chez elle pour prendre ce qui lui est dû : le trône d'Ombre.

Voici l'histoire de deux femmes. De deux mondes imbriqués. De deux retours simultanés qui bouleverseront une fois de plus le destin tortueux du royaume d'Ombre.

Coïncidence, ou rencontre orchestrée de longue date ?"

 

Alors, tentée ? (A : Oui, beaucoup !  =D  Et merci pour l'exclu ! ^^ ) Bon, évidemment, tout ça peut encore changer, hein...

 

A : En tant que lectrice, quels sont les titres qui t'ont marqués ? Tes auteurs favoris ?

 

M.F. : À part ceux que j'ai cité plus haut pour les influences de June (Pullman, Ponti...), beaucoup d'auteurs m'ont marqués, à différentes époques de ma vie.

En fantasy « adulte », c'est incontestablement les lectures Raymond E. Feist dont le souvenir est le plus fort, et tout particulièrement la Trilogie de l'Empire. Dune (Herbert) aussi, que je ne me lasse pas de relire.

En littérature « blanche », je pourrais citer les romans de Laurent Mauvignier dont l'écriture me retourne le ventre, les pièces de Sarah Kane, Antigone de Brecht, les textes d'Henry Bauchau (son Œdipe sur la route a été une claque magistrale), tous les textes de Jack London qui parlent du grand Nord...

Mais une fois encore, les livres qui ont façonnés durablement mon imaginaire sont les albums que j'ai lu lorsque j'étais petite.

 

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A : Et pour conclure, y a-t-il une question que l’on ne t’a jamais posée et à laquelle tu adorerais répondre ?

 

M.F. : Alors. Heu...

*se ronge les ongles*

...

*maudit l'auteur de l'interview jusqu'à la millième génération*

...

*naaaan, j'déconne !*

Ah, je sais ! On ne m'a jamais demandé à quel personnage de June je m'identifiais le plus pendant l'écriture. Probablement parce que la plupart des lecteurs imaginent que c'est June, alors qu'il y a autant de moi en June qu'en Locki, Nathanaël ou le Veilleur de Lumière. Alors voilà, révélation : le personnage auquel je me suis le plus identifié au cours de l'écriture, c'est Bii. Oui, vous avez bien lu. La petite boule de poils qui suit June à la trace, c'est moi. Voilà voilà... ^^

 

Sur ce, merci beaucoup pour cet interview Archessia, et à très vite !

 

A : Un énorme merci à toi ! Bonne chance et bon courage pour la suite, et à très bientôt !

 

La page Facebook de Manon Fargetton

 

Ma chronique de June - Tome 1, et le Tome 2.

 

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Published by Archessia - dans Interview
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commentaires

alittlematterwhatever 15/06/2013 21:56


jolie interview d'une auteur que j'aime beaucoup. J'ai hâte de redécouvrir June dans le nouveau format et le résumé exclusif du prochain roman donne super envie

Archessia 17/06/2013 21:32



Merci !  ^_^  Moi aussi j'ai hâte, je me demande ce que ça va donner, comment sera la cover, tout ça  =3



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